Ouf, cette année l'Etat d'Urgence n'empêche pas, ce samedi 28 janvier 2017, nos jeunes Chinois de venir à Montargis fêter l'année du Coq d'or!
Ils viennent du Hunan pour nous présenter leur culture au travers de chants, danses, musiques et défilés.
Cet échange avec les étudiants en chinois du lycée en forêt (eux profiteront des vacances de Pâques pour aller en Chine) est né à l'initiative du docteur Peiwen Wang. Elle est née en Chine, a vécu la Révolution culturelle et son arrivée à Montargis lui a permis de retisser le lien historique entre la Chine et Montargis. Avec la création de l'Association Chine-Montargis, des cours de chinois et des voyages s'organisent, un parcours dans la ville jalonné de panneaux informatifs est réalisé...
Pour comprendre mieux, je vous livre l'un de mes célèbres articles dont personne n'a voulu dans le monde fermé de la presse.
HISTOIRE : AMITIÉ CHINE-MONTARGIS
Montargis fête chaque année avec enthousiasme le Nouvel An Chinois. Non pas qu'il y ait une forte communauté asiatique à Montargis, mais la présence d'une association active « Amitiés Chine - Montargis est un trait d'union efficace entre les deux pays. A l'origine il y a une période d'histoire partagée entre la Chine et le Montargois.
Remontons donc plus d'un siècle en arrière. Au XIXème siècle, l'Empire du Milieu est à la croisée des chemins, avec une dynastie Mandchoue qui ne fait pas l'unanimité. Elle maintient le pays sous une chape de plomb féodale (éducation réservée à une élite, corruption, bandage des pieds pour les femmes...) avec comme doctrine le confucianisme. A la base de cette doctrine : une subordination du sujet au souverain, du fils au père, de la femme au mari.
L'Etat recrute ses fonctionnaires de grade supérieur grâce à des concours ouverts aux seuls lettrés. Ce sont ces confucéens classiques qui accèdent au titre de Mandarin, exécuteurs de la volonté impériale et souvent oppresseurs des petites gens.
Si les insurrections paysannes n'avaient pas suffi à ébranler cette société féodale, le ver était dans le fruit : le contact avec l'étranger. Les pays occidentaux ont développé un commerce avec la Chine, pays aux innombrables richesses (minerais, soierie, porcelaines, thés et divers végétaux...). Les commerçants s'installent, s'octroyant des concessions autour des ports. Les trafics, dont celui de l'opium fleurissent : les Anglais ont incité les producteurs chinois à échanger leurs marchandises contre l'opium produit dans le Triangle d'or. En Europe et en Amérique, l'industrie est en plein essor, mais n'a pas encore commencé à se développer en Chine. Tout y est à faire : construction du chemin de fer, exploitation des mines, ouvertures d'usines. Tout un potentiel s'offrait donc aux pays tels que l'Allemagne, l'Angleterre, la France, les Etats-Unis, le Japon...
Depuis longtemps déjà, les missionnaires, souvent au péril de leurs vies, ont tenté d'évangéliser les territoires intérieurs. D'autres, installés sur les pourtours maritimes et dans les iles colonies (Macao, Hong-Kong, Hawaï) ont créé des établissements éducatifs où de jeunes chinois continentaux viennent étudier.
Les invasions japonaises, les guerres de l'opium, les révoltes « cent jours », « Boxers » créent un climat de violence et de tensions. Le germe du changement s'implante dans l'esprit du peuple avec du dépit aussi pour tous ces nouveaux instruits qui n'ont toujours pas accès aux postes d'Etat. Certains partent étudier à l'étranger : Japon, Angleterre, Etats-Unis, France, Allemagne. Ils puisent dans les idées et les savoirs. Tout les inspire, Siècle des Lumières, Révolution française, marxisme-léninisme, philosophes américains.... des traductions toujours plus nombreuses pénètrent en Chine. Pour émanciper le pays, il faut « apprendre de l'occident ». Toutefois, la fascination pour cette ouverture vers une modernité, une pensée et un savoir nouveaux s'accompagne d'une révolte contre cet impérialisme étranger qui s'installe et que l'Etat ne sait pas repousser. C'est bien un fort sentiment nationaliste qui gagne la Chine.
Sun Yat-sen participa à l'instauration de la 1ère République mettant fin au règne de la dynastie des Qing. Il fut nommé président de la 1ère République de Chine le 1er janvier 1912 et le resta seulement quelques mois.
Les examens impériaux avaient déjà été abolis et c'est une réforme de l'enseignement qui s'engage. Elle est menée par Cai Yuanpei, ministre de l'éducation et recteur de l'université de Pékin et Li Shizeng qui admire la civilisation française. Ensemble, ils fondent « La Société d'études et de travail en France » à Pékin.
Li Shizeng a étudié à Montargis où Cai Yuanpaei et Sun Yat-sen lui ont rendu visite. Il convainc les élus du montargois d'accueillir de jeunes étudiants. Les premiers jeunes Chinois du mouvement « Travail- études » arrivent dès 1913.
En 1917, la Révolution d'octobre en Russie conforte les intellectuels Chinois dans la voie du marxisme. Dès 1918, deux jeunes gens du Hunan fondent une organisation politique « Xin Min = Nouveaux Citoyens». Ce sont Mao Zedong et Cai Hesen.
Le mouvement étudiant du 4 mai 1919 impulse une énergie révolutionnaire à tout le pays qui voit se développer de nombreuses associations et s'accélérer le programme d'études et travail en France. Parmi les adhérents du Xin Min, dix-huit jeunes partent en bateau pour la France. Certains seront accueillis à Montargis. C'est le cas de Cai Hesen (co fondateur du Xin Min), de sa sœur Cai Chang, de sa mère Ge Jinhao et de leurs amis Li Weihan, Li Fuchun, Xiang Jingyu, Li Lisan et Chen Yi. Du Sichuan partent Deng Xiaoping, Yiang Zemin rejoints plus tard par Zhou Enlai.
Cet accueil d'étudiants travailleurs fut facilité par la guerre de 14-18. Aux côtés de nombreux ouvriers chinois venus «participer à l'effort de guerre », les étudiants trouvent des emplois. A partir de 1919, les choses se compliquent. Le chômage les oblige à fréquemment changer de ville : Le Creusot, St Etienne, Lyon, Le Havre, Paris....Les salaires sont bas et les heures de travail élevées, ce qui leur laisse peu de temps pour étudier. Les voilà initiés aux affres de la société capitaliste. En 1920, environ 1600 étudiants chinois vivent en France et la Société Franco-Chinoise d'éducation, censée les soutenir, les abandonne à leur sort.
Les étudiants s'unissent et luttent pour défendre leur droit au travail, aux études et à subsister. Cela aboutit à la création de l'Association Franco-Chinoise d'assistance. Parmi les meneurs de ces mouvements estudiantins, nos Chinois de Montargis figurent en bonne place. Au retour, ils suivront Mao lors de la Longue Marche et beaucoup auront des postes importants en Chine.
A Montargis, ces jeunes Chinois sont logés et étudient au collège Gambetta pour les garçons et au collège du Chinchon pour les jeunes filles. C'est là, où enseigne sa mère, que notre premier candidat écologiste aux présidentielles, René Dumont, se lie d'amitié avec Cai Chang. Il ira la voir en Chine alors qu'elle sera devenue vice-présidente de l'Assemblée Nationale. Ingénieur agronome, il rédige quatre ouvrages sur l'agriculture chinoise. En 1964, il invite à Montargis le premier ambassadeur Chinois en France.
Cai Hesen, Chen Yi, Li Lisan, Li Weihan, Li Fuchun ont influé sur le cours de la lutte révolutionnaire chinoise. Ils fédèrent les associations des Chinois vivant en France et en sont souvent les porte-parole lors des manifestations. Leurs réunions dans le cadre du jardin Durzy de Montargis et l'exposé de leurs idées qui s'y déroule en 1920, seraient le point de départ de la Chine nouvelle. D'ailleurs Cai Hesen en envoie le compte rendu à Mao. Il s'agit de créer un nouveau parti démocratique en Chine et de diffuser les idées marxistes. L'année suivante le Parti communiste chinois est créé. Zou Enlai eut pour mission de développer ce parti communiste chinois en France, et fit de fréquentes visites à Montargis.
Deng Xiaoping, plus jeune, les a côtoyés avant d'entrer dans un communisme actif en France. Déjà, en Chine, jeune étudiant, il était sensibilisé à ces idées nouvelles. La dure vie d'ouvrier vécue en France à Paris (Renault), au Creusot (Schneider), lui a fait découvrir les horreurs du capitalisme. A l'usine Hutchinson de Chalette sur Loing près de Montargis, il trouve un peu de répit et les rencontres marquantes faites là et à Paris, l'ont décidé à s'engager dans la voie de la propagande marxiste.
Nombre de ces jeunes, revenus en Chine, continuèrent leur combat. Certains ont suivi Mao Zedong lors de la Longue Marche. Par la suite, ils ont souvent obtenu des postes de responsables, mais aussi connu quelques déboires selon les aléas du Parti : Grand bond en avant, Révolution culturelle. Ce fut le cas pour Deng Xiaoping qui après une période de disgrâce devint chef d'Etat.
Depuis 2014 la place de la gare de Montargis porte son nom et la plaque fut inaugurée en présence de la vice premier ministre Chinoise.
Voilà,vous savez tout sur cette page d'histoire. Alors, venez découvrir le circuit, le musée (ouvert les mercredis et samedis). C'est normal, après tout, que la Venise du Gâtinais ait un retour des voyages de Marco Polo... de Venise à la Chine, de la Chine à Venise!
http://www.chinemontargis.fr/media/pdf/journal2015.pdf