
Lettre ouverte à Monsieur Beulin
Monsieur Beulin, si je m’autorise à vous écrire ce courrier, c’est que chez nous, dans notre FRANCE profonde, la situation est dramatique. Il y a quelques jours, un de mes collègues n’a pas trouvé d’autre issue que de se donner la mort. Un de plus dans notre grande famille ! Lui, il avait 59 ans et s’appelait Jean-Pierre… Récemment deux autres collègues sont arrivés en psychiatrie…
La situation catastrophique des paysans français fait plus de morts que les attaques sauvages des terroristes mais personne n’en parle… tant que tout le monde mange à sa faim !
Des centaines de suicides reconnus par an, sans compter ceux qui craquent autrement et qu’on retrouve amorphes, chez eux, comme des poilus condamnés à leur destin, résignés au fond de leur tranchée !
Ces hommes ont fait don de leur vie pour ce beau métier mais aujourd’hui, privés de revenus, on leur a enlevé leur honneur, volé leur dignité d’hommes, les privant même pour certains de leur femme et de leurs enfants.
Certes la météo de cette année est un agent amplificateur de ce marasme mais il ne faut pas tout lui mettre sur le dos. Il serait temps que tous les organismes – je devrais dire nos organismes, car mis en place par le monde agricole – prennent très vite de sages décisions car vous êtes en train de couper la branche sur laquelle vous êtes royalement assis, Monsieur Beulin.
Nous connaissons tous de vos élus mis à des places stratégiques ne craignant pas la sécheresse, eux, largement arrosés par votre système, et pas au goutte à goutte !!!
Mais attention, vos jeunes, les JA « nouvelle génération » sont en train de vous lâcher car ils commencent à comprendre que pour quelques élus privilégiés mis en place, tous les autres ne deviendront que des bêtes de somme émasculées bons à coller vos affiches et à benner du fumier à leurs risques et à leurs frais… Le tout pour que le grand gourou que vous êtes justifie sa notoriété.
Ces paysans-là n’ont plus rien à perdre. Attention à la révolte qui gronde.
Pourtant l’agriculture est productrice de richesses mais à une condition : ne plus la pratiquer, n’est-ce pas, Monsieur Beulin, vous qui prônez la reconversion des paysans, pouvez-vous leur donner l’adresse de votre agence Pôle Emploi ? Car personnellement, votre reconversion me laisse admiratif !
Cumul de mandats et conflits d’intérêt, rien n’a été oublié.
Je fais abstraction de vos différents revenus avec vos multiples casquettes, je ne suis pas un agent du fisc mais je suis un paysan, moi, qui doit survivre comme beaucoup de mes collègues avec les seules rentrées d’argent de mon exploitation. Nous, les paysans, nous aimerions que vous nous retrouviez la facture indiquant l’achat de votre dernière paire de bottes avec lesquelles vous êtes supposé travailler sur votre exploitation.
C’est dans les tempêtes qu’on s’aperçoit si on a un bon capitaine à la barre.
Monsieur Beulin, vous n’avez pas le droit de laisser disparaître des gens qui travaillent des aurores au coucher du soleil voire au-delà, ceci afin de garantir à leurs concitoyens une autonomie alimentaire de qualité.
Les paysans sont à bout. Attention, Monsieur Beulin, le feu est dans le buisson et le mistral arrive !
Vous êtes un très bon orateur qui a l’habitude de faire des prêches. Nous ne vous demandons pas de changer l’eau en vin mais nous, les fils de la terre, exigeons, pour pouvoir honorer nos factures, de recevoir notre humble part, ceci sans destruction de l’agriculture françaises…
Si vous ne le saviez pas, nous tenions, mes collègues et moi, à vous informer de la gravité de la situation sur le terrain.
Dominique PIPET, éleveur de bovins dans la Vienne (un paysan parmi les autres)
